Voilà une première promenade sous la chênaie... Rien de nouveau pour toi, Tilkalin, tu peux garder les noyaux dans tes poches ;) j'ai découvert d'autres choses encore, mais je n'ai pas eu le temps de tout lire... Du reste, ça devient un peu trop cosmogonique pour être utilisable dans le cadre d'une étude sur Thorin.

Le chêne et le tonnerre

La Mythologie des arbres de Jacques Brosse, (ch.3, « Le chêne oraculaire ») synthétise l'essentiel de la symbolique du chêne, et de ses associations divines.

Pour les Grecs, le chêne est associé à Zeus, dieu de la foudre. Le chêne était aussi le seul arbre à pouvoir accueillir autant des dryades que des hamadryades (les dryades peuvent quitter l'arbre avant sa mort, mais les hamadryades meurent en même temps que lui).

Pour les Germains, si le frêne est l'arbre d'Odhinn, le chène est celui de Donar-Thor, dieu du tonnerre, et équivalent de Zeus-Jupiter.

Les Lituaniens, peuple indo-européens, associent le chêne à Perkunas, lui aussi dieu du tonnerre et dont le nom dérive directement du terme indo-européen pour chêne.

Les Estoniens, qui eux sont un peuple Finno-Ougrien, l'associent à Taara, nommé aussi « le Vieux Père », « Père du Ciel », et qui est... dieu du tonnerre et divinité suprême.

Avec tout ça, on peut sans crainte affirmer que le chêne et le tonnerre sont intrinsèquement liés, et que le chêne est le représentant végétal du dieu suprême.

Thor et Perkun

De façon linguistique, il semble que le chêne et le tonnerre soient intimement liés aussi, si l'on remonte à l'indo-européen (je précise tout de même que je ne suis pas linguiste, et que je ne peux pas valider ce que je lis. Ce qui suit est à prendre avec des pincettes, donc).

Thor signifie « tonnerre », du vieux norrois « Þórr ».

Quant à Perkun(as), j'ai tissé un peu pour le plaisir, notamment grâce à un fuseau très riche de l'arbre celtique, Erc – étymologie dont on peut en retirer ça :

Il y aurait un vieux théonyme pan-indo-européen dérivé de la racine *per-k-: "frappeur", "tonnerre", racine qui a donné son nom au chêne dans diverses langues européennes (dont le latin quercus), ce qui donne par un tour de passe-passe un -erk, et on retombe sur -eik de Eikinskaldi.

Dans un autre fuseau du même site, j'ai un son de cloche un peu différent (http://forum.arbre-celtique.com/viewtopic.php?p=39749&highlight=ch%EAne#39749 )

[...] Le seul grand dieu connu de tout les Baltes, Perkunas, dieu des cieux, de la foudre notamment, puis, par la suite, de la guerre, qui ne peut être que l'avatar balte du grand dieu suprême indo-européen.

Son nom est étymologiquement identique au sanskrit Paryanyah, vieux-norrois Fjörgyn(n), slave Perun ou Perkun, grec Phorkys, qui tous convoient l'idée de " propice, favorable à la vie"; si l'on pousse ce type d'analyse au maximum, on en vient à établir une relation du même genre avec le latin quercus : le chêne.

Perkunas serait donc l'anthropomorphisation de l'arbre qui, par excellence, incarnait la vie profuse et féconde et jouissait, à ce titre , d'un culte fondamental.

Telle paraît donc être l'idée que les Baltes se faisaient de la divinité suprême ! Auprès de Perkunas, les quelques autres divinités individualisées dont nous avons les noms peuvent passer pour de simples spécialisations du même ordre d'idées : ainsi de Zempat, maître de la terre chez les Pruthènes et dont le nom dénote peut être d'une influence slave, de Laukosargas, gardien des champs et protecteur du blé auquel il faut probablement identifier le Kurke cité dans une source de XIIIe siècle et qui recevait traditionellement la dernière gerbe fauchée ( coutume également familière aux anciens Scandinaves), identiques l'un et l'autre, éventuellement au lituanien Nonadeï.

Il est frappant tout de même de constater qu'en aucun cas nous ne sortons d'un complexe mental foncièrement agraire. En quoi s'imposerait l'idée, déjà avancée, de " blocage" à un stade certainement fort reculé de la préhistoire".

Extrait d'un texte de Régis BOYER, professeur à l'université de Paris VI ( Germains et nordiques - Slaves ).

Du Perkunas « maître du chêne », on passe à un perkunas « favorable à la vie »...

Le chêne, arbre robuste

Le combat des arbrisseaux (http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/cad-goddeu-le-combat-des-arbrisseaux-1089.htm), que j'ai déjà utilisé pour le bouleau, parle aussi du chêne.

 

Les valeurs associées sont la rapidité, la vaillance, et une valeur de soutien :

Derw buanawr.
Racdaw crynei nef allawr.
Glelyn glew drussiawr
Y enw ym peullawr.

Le chêne est rapide :
devant lui tremblent le ciel et la terre.
C'est un vaillant portier devant l'ennemi.
Son nom est un soutien.

[...]

An deilas blaen bedw.
An dathrith datedw.
An maglas blaen derw.
O warchan maelderw.

Le bouleau nous a couverts de feuilles :
il nous désenchante et nous change.
Le sommet du chêne nous a ensorcelés
par l'incantation de Maelderw
riant le long du rocher.

La dernière strophe, je la cite juste pour la citer... Taliesin avait dû manger des amanites avant d'écrire  ce texte, il est incompréhensible ! :)

En tout cas, on rejoint des qualités intrinsèquement guerrière : le chêne est un arbre robuste, sur lequel on peut s'appuyer. Justement, le chêne le plus connu / répandu est le Quercus Robur, ou chêne pédonculé, dont la traduction littérale signifie "Chêne robuste/fort" (bizarrement, robur a donné "rouvre", le nom d'un autre chêne dit aussi chêne sessile, mais dont le nom latin est quercus petraea... le chêne qui pousse sur la pierre).