Souvenirs d'un beau week-end à Florac
(Lozère)

7 heures du matin… se retourner dans le lit et tenter de se rendormir
– l’arrivée a été tardive la veille, et je suis probablement la seule à être éveillée

Trois-quart d’heure de vaine lutte contre l’éveil plus tard,
descendre du grenier en essayant de ne pas faire grincer les escaliers
– échec à l’avant dernière marche, mais nul ne bouge…
L’horloge de la cuisine sonne tout juste huit heures
le matin est frais-brumeux
et les fruitiers jouent aux fantômes derrière le jardin.

Pendant que le café passe,
se munir d’un sablé
et aller le grignoter dehors
– le jardin est tout fleuri de d’asters, dahlias et reine-marguerites,
quelques courges éclairent le sol
comme de grosses lanternes oranges
et s’évadent au-delà du grillage, se mêlent aux rosiers roses et parfumés
– l’odeur fraîche et sucrée d’une rose de campagne
simple de mise et éclatante de couleur.

S’aventurer dans l’herbe haute et humide du verger
apercevoir un mouvement sombre dans le noyer
martre ? fouine ? Un bond élégant sur le pommier le plus proche :
un écureuil , rouquin de corps sauf pour le panache balancier
couleur brune de labour.
Les abeilles commencent déjà à travailler
malgré le froid qui me fait regretter les mitaines
restées dans mon sac au grenier…

Rentrer déjeuner, le bas du pantalon complètement détrempé par la rosée
café bien corsé, muffins pomme-canelle-raisins-amandes
et confiture de sureau sur grandes tartines.
La brume se lève à 9h30 et dévoile un grand ciel bleu tout propre
sans un nuage.

Aller ramasser les têtes d’orties et les cœurs de pissenlit pour la soupe du soir
et partir en courses à la ville – saucisses aux herbes, à la châtaigne, au roquefort
salades vertes et tomme fraîche,
le jardin suffisant à prodiguer les légumes et les fruits.

Manger sur la terrasse sous la treille gorgée de raisins
puis aller faire la sieste dans le verger
– l’odeur du foin au soleil, en meules rondes
qui ne permettent pas de s’y adosser et se prennent un peu pour des hérissons
à piquer la nuque et les épaules de qui chercherait à s’y adosser.
Refluer à l’ombre et lire à plat ventre
en laissant jouer le soleil entre les feuilles du pommier
– chercher à deviner sans se retourner où le rayon vient se poser
le creux du pied la courbe de la cheville 
la main droite qui tourne les pages puis repousse une mèche
laisser son corps en repos, la respiration lente, le cœur calme et content
sur la basse continue du chant du Tarnon
et le crin-crin régulier des criquets
métronome tressautant parfois
de la durée du verger.

La chaleur passée, aller à la vigne au bout
tout au bout du grand champ.
L’herbe criquette au passage
chaque pas soulève une étincelle rouge, ou bleue, ou verte
la chaleur pèse encore et l’ombre est désirable
– la fraîcheur du chant d’eau qui humidifie les pensées.

Cueillir du raisin, des figues bleues, des pommes et des coins
tailler du noisetier  tremper les pieds dans le Tarnon
– sentir le sang s’aviver la vase glissante
l’eau au parfum d’ombre de pierre d’algue et de sable chaud et sec
les petits poissons effrayés d’abord puis curieux
qui viennent chatouiller les chevilles.

Ramasser des galets bien plats, bien gris
admirer l’acharnement têtu des saules rabougris
ramassés sur leurs racines et opiniâtres sur leur pied
attendant l’eau de la rivière bien basse
en remuant leurs feuilles pour l’imiter.

Retourner à la ferme avec le soir
cueillir les tiges rouges de rhubarbe – odeur de sève et de terre
pour la tarte automnale – rhubarbe sur compotée de pomme et crème aux amandes.

L’odeur de la soupe aux orties et son goût surprenant – un peu fort cependant,
mais sans doute à cause des pissenlits du reste une lichette de crème
vient rééquilibrer le potage.

La nuit  et  la  

            voie

lactée

 Blanche 

  immense 

brillante 

 silence

Le sommeil sous les poutres chaudes
l’odeur du bois
 un grillon ?

Réveil plus matinal encore que la veille – ne pas oublier cette fois-ci les mitaines
mais la brume est moins présente
juste posée sur le creux du pré
entre les arbres mouvante  elle s’approche
mais s’évapore avant de m’atteindre
écouter
 le chantonnement content de la rivière
résonne dans les clochettes des moutons
un pépiement bref
un rouge-gorge me regarde curieusement de la grappe de raisins
puis s’envole brusquement

En attendant de ne plus être la seule réveillée
se poser au salon encore tiède de la flambée de la veille
– odeur de cendre et de cire –
lovée sur le canapé avec un livre
– l’escalier craque quand je commence à avoir faim
petit déjeuner en compagnie
tartines de pain au noix beurrées et couverte d’un lacis de miel
des mêmes abeilles que j’ai vu la veille
s’affairer dans le lierre.

Quand la fraîcheur se fait moins sentir
remonter le Tarnon à sec  en sautant parfois de roc en roc
ramassant encore quelques galets plats
respirer à plein poumon cette odeur nourrissante
de pierre mouillée  de terre gorgée  de rondeur pleine  humide  fraîche
note piquante d’herbe parfois de rayon de soleil évadé entre les buissons

Cueillir un gros bouquet d’herbes – l’oseille, la ciboulette,
et le massif de persil plat qui colonise joyeusement
l’espace derrière le puits
– l’ombre et l’humidité lui plaisent.
Cueillir aussi avant de partir
un bouquet rose et blanc
de reines marguerite dahlia pompons et roses ouvertes
les emmitoufler dans un linge détrempé pour qu’elles survivent au voyage.

Ne pas oublier avant de partir
de grappiller encore quelques mûres aux ronces
pour piniocher en route…