Puisque l'ami Fangorn l'a reçue à présent, en avant première... voilà la carte postale que je lui ai écrite pour son non-anniversaire. A lire en écoutant la musique de "Howl's Moving Castle" de Joe Hisaishi, écrite pour le film de Miyazaki portant le même nom... ;)

Souvenirs éparses d'un beau dimanche
réveillée bien trop tôt d'un sommeil frileux...
La brume avant l'aube dort encore
frissonant fantôme faufillé d'argent pâle
se soulevant lentement, comme une respiration paisible...
Le silence est entier, rond et plein
comme le sera le soleil rouge quelques heures plus tard
quand il daignera monter au-dessus du bois.
Il fait frais sans faire froid.

Se promener dans le jardin
et s'arrêter, sans le réaliser tout de suite
juste au dessus d'un noeud de source,
là où le débit est plus fort
où il faudrait creuser un puits.
De là, admirer les feuillages à peine dorés
et écouter... dans le plus haut chène, un merle.
Derrière moi... sans doute un rouge-gorge,
Robin au pépiement bref.
Dans le bois, les geais des chènes se disputent joyeusement
puis se fâchent après une pie.
Dans la haie... mésanges, peut-être ?
Et là, un ruban de Choucas des Tours,
mes mouettes-de-la-terre, dont le chant,
dont les appels tirent le coeur
et appellent vers un ailleurs – lequel, seulement ?

Chercher à séparer les odeurs aussi
mais la fraîcheur les rend fugaces :
la terre humide et froide, bien sûre,
toujours là, pleine et nourrissante.
Si on le secoue, le basilic sent encore un peu
une vague odeur de fumée.... en écrasant une touffe de serpolet
l'odeur des champignons.
Mais l'odorat humain est bien limité !
Les mains gelées, rentrer dans la cuisine,
retrouver l'odeur de « chez-les-parents »
-- odeur de gâteau, de bois cirée, et vaguement encore, de colle à tapisserie.

Plus tard dans la journée,
s'échapper du brouhaha d'une réunion familiale
pour aller se promener en solitaire...
Laisser le coeur ralentir son allure,
retrouver le calme d'une respiration ample,
les odeurs de feuilles mortes, d'herbe et d'humus.
Trouver un nid tombé au sol et le ramasser soigneusement
-- un tout petit nid tapissé de plumes grises,
bien rond et bien entrelacé ;
le prendre comme un heureux présage
et se remettre en route avec le précieux poid-plume.
Passer le pré aux chevaux, le chemin est bordé de hêtres et de charmilles
Le soleil qui commence à descendre
leur donne de sa belle lumière d'or brillant
Dans l'ombre des talus, quelques feuillages
ont gardé le jaune éclatant,
et continuent d'éclairer les sous-bois.
Continuer jusqu'aux champs de maïs,
trouver deux épis oubliés et les ramasser
-- Flopsy le lapin sera content.
Redescendre ensuite avant le frais,
avant l'ombre du soir
-- il faisait tellement bon
que je n'ai même pas pris de manteau.

Dernière surprise de la journée : un chevreuil
pas du tout affolé
traverse la route juste devant la voiture,
pilée nette par mon père.

L'animal au beau pelage, démarche gracieuse,
ne daigne même pas tourner la tête vers nous.