Le troisième jour fut sylvain, comme peut l’être une Saint-Sylvestre : c'est-à-dire qu’il fut gourmand, essentiellement, et qu’on y vit la mer, encore une fois.

La matinée mit du temps à démarrer ; cette fois-ci, je fus debout de bonne heure, ayant renoncé à poursuivre vainement le sommeil – avoir l’ouïe fine est parfois une plaie. Ayant entendu des bruits de chaise et de porte, je crus ne pas être la seule à avoir les yeux ouverts, mais il devait s’agir des voisins, car tous dormaient dans la maisonnée. Et je dû attendre bien deux heures avant que Lamberte ne vienne me tenir compagnie.

Puis petit à petit, émergèrent quelques têtes, et les rires et chansons reprirent comme à l’accoutumée. L’Empereur-à-la-Cigogne fut bon dernier à se montrer, habillé en style « saut-du-lit », et frustré d’avoir manqué tant d’heures de délires et de jeux.

Nous eûmes aussi la visite de Zelphalya-au-Papillon-d’Argent, venue en voisine, mais en coup de vent.

Mélilot ayant emmené un jeu de tarot divinatoire, votre ménestrelle se mit en tête d’apprendre les cartes. Première question venue à l’esprit : « Qu’est-ce qu’on mange à midi ? » (les sylvains ont quelques points communs avec les Hobbits). La réponse ne se fit pas attendre : le chariot indiquait qu’il fallait aller faire des courses, et vite, midi étant passé déjà…

Or donc, Rebeca, Mélilot et moi-même sommes parties en cariote en direction des magasins, pour ce que 18 personnes ne se nourrissent pas d’air et d’eau. Et hélas, durant l’heure que dura leur absence, Zelphalya dût partir, ce qui nous priva d’adieux…

Nous revînmes chargées de denrées nécessaires – pommes de terre et chocolat, et un énorme filet d’oranges, ainsi qu’une brioche longuement cherchée, qui devait servir de support à la bûche – et l’on put se mettre à préparer le repas. Spaghetti bolognaises, superbement interprétées par Guillaume et Pierre-le-Belge.

La claustrophobie guettant, et le temps étant beau, une bonne partie des participants repartirent voir la mer, longeant la plage et la marée montante, se perdant dans les dunes et multipliant les détours inutiles.

Terrassés de fatigue, sur les coups de 18 heures, Dodie, l'Empereur-à-la-Cigogne et moi-même nous réfugiâmes à l’étage pour dormir un brin, délaissant le pauvre Loinvoyant qui attendait de l’aide pour réaliser la buche du jour-de-l’an. Dodie réussi à se lever pour l’assister à la confection du sirop, mais Laegalad, moi-même donc, n’eut que la force de se glisser dans son duvet pour dormir une demi-heure supplémentaire.

Puis, vint l’heure de se préparer pour le Réveillon. Et lors l’on pu admirer jouvenceaux et jouvencelles, car tous (ou presque) avaient emmenés belles tenues pour fêter la fin de l’année : qui chemise médiévale, qui jupe moirée, qui jupe noire, qui costume de ville et qui petite robe noire.

Le waterzoï circula en abondance, les chants furent entonnés, et petit à petit approcha/recula/stagna/revint/reparti l’heure fatidique.

Car il faut signaler que l’objet le plus intrigant, et sans doute le plus chargé de magie, de tout le moot, était une horloge en apparence capricieuse : car la trotteuse trottait son chemin pendant les 25 premières secondes, avant de se lancer ardemment à l’assaut de l’heure, prenant son élan, soufflant un peu, manquant un palier, repartant d’un bond, reculant d’un petit pas, et passant le 12 sans s’arrêter… Et pourtant, rien ne pouvait l’empêcher d’indiquer l’heure juste. Et le compte à rebours fut animé :

« 20… 17… 18… 15… 14… 10 … 12… … 5… 3… 6… 2… 2 !! »

Et trinquèrent les verres, les « Bonne année ! », les feux d’artifices et les bulles d’or…

Ainsi l’année finit-elle en beauté, illuminée des sourires et des charmes des mootants, égayée par le champagne emmené par la jeune Forfi.

Et ainsi l’année recommença-t-elle, par la répétition des chants de l’année précédente…

« Nous sommes les Nains sous la Montagne * Touc, Touc *

On creuse le jour, on boit la nuit * Touc, Touc *

Et on n’aime pas ceux d’la surface ! »

(Les Touc Touc remplaçaient les frappées de chope de bière sur la table, les voisins ayant le sommeil sensible et ne semblant pas apprécier les festivités sylvestres. Cependant, si aucun objet redondant ne fut abattu sur le plateau de bois, nul doute que les cœur-joie ne les ai tenus quand même avertis de notre belle humeur).

 

Puis, comme à chaque fin de journée mootique, tous furent se réfugier, petit à petit, dans le sommeil… Le seul évènement nocturne fut la déconfiture de Tar Palantir, qui, souhaitant se réfugier dans la salle de bain en milieu de nuit, la trouva déjà occupée par Elwë.