21 décembre 2007
(croquis) Elbereth
Un croquis qui est devenu carte de voeux, et qui plus est, s'est imposé d'un jet sous ma mine de plomb : Elbereth, l'Enflammeuse d'Etoiles, honorée entre tous les Valar par les Elfes, et l'une des plus puissantes...
Durant la « période démiurgique », avant l'établissement d'Arda 'le Royaume', alors que les Valar
en général (y inclus une troupe sans nom d'autres qui ne vinrent jamais
en Arda) étaient en train d'œuvrer à la construction générale d'Eä
(le Monde ou Univers), Varda, dans la légende eldarine et númenóréenne,
était dite avoir conçu et placé la plupart des étoiles principales;
mais étant (par destinée et désir) la future Reine d'Arda, ce en quoi
réside sa fonction ultime, en particulier en tant qu'amoureuse et
protectrice des Quendi, elle était concernée non seulement par les
grandes Étoiles en elles-mêmes, mais aussi dans leur relation à Arda,
et leur apparence à partir d'elle (et leur effet sur les Enfants à
venir). Dès lors, de telles formes et motifs majeurs, que nous appelons
(par exemple) la Grande Ourse, ou Orion, étaient dits être de sa conception. Ainsi la Valacirca
ou « Faucille des Dieux », qui était un des noms eldarins de « la
Grande Ourse », était, disait-on, destinée à être ultérieurement un
signe de menace et de crainte de la vengeance au-dessus du nord où
Melkor établit sa résidence (Varda
était parmi tous les Valar la plus dotée de prescience, possédant le
souvenir le plus clair de la Musique et de la Vision dans lesquelles
elle n'avait joué qu'un rôle mineur en tant qu'actrice ou interprète,
mais qu'elle avait écoutée très attentivement).
Plus tard, lorsque les Valar prirent refuge face à Melkor, et à la
ruine imminente d'Arda, et qu'ils construisirent et fortifièrent
Valinor en Aman, ce fut Varda qui réalisa le grand dôme au-dessus de
Valinor, afin de maintenir au dehors tous les esprits ou espions de
Melkor. Il fut créé comme un simulacre du véritable firmament (Tar-menel), et les motifs y furent répétés, mais avec des étoiles apparentes (ou 'étincelles' : tinwi) de taille relative plus grande par rapport à l'espace visible entier. De telle sorte que le firmament moindre de Valinor (Nur-menel) était très brillant.
(Parma Eldalamberon #17, traduction par Cédric Pietrus, ou Dior, suivant où l'on est ;))
Les contrastes ne sont pas très bon... le scanner et, je dois bien l'avouer, le Gimp (que je ne dois pas bien savoir utiliser, sans compter que sous MacOX, il plante beaucoup plus que sous Windows), ne m'aident pas vraiment, l'original rend bien mieux :(
08 décembre 2007
(Croquis) Bonne nouvelle :)
Il est de bonnes nouvelles qui rendent une journée excellente, et qui encharmillent l'esprit tout le jour... J'ai passé plus de temps jeudi à dessiner qu'à bosser, et voici un premier croquis, dont les interessés ont eu la primeur, comme de juste ;)
J'ai voulu des courbes rondes et un trait épuré, car c'est ce que m'évoque la maternité... Et la ronde que forme le trio autour du futur quatrième vient compléter cette impression...
Je ne suis toujours pas fixée quand au medium que j'emploierai pour la version finale du dessin... Peut-être le feutre noir finalement... Pour garder l'épure jusqu'au bout ?
13 juillet 2007
[Etude] Le chêne - 1
Voilà une première promenade sous la chênaie... Rien de nouveau pour toi, Tilkalin, tu peux garder les noyaux dans tes poches ;) j'ai découvert d'autres choses encore, mais je n'ai pas eu le temps de tout lire... Du reste, ça devient un peu trop cosmogonique pour être utilisable dans le cadre d'une étude sur Thorin.
Le chêne et le tonnerre
La Mythologie des arbres de Jacques Brosse, (ch.3, « Le chêne oraculaire ») synthétise l'essentiel de la symbolique du chêne, et de ses associations divines.
Pour les Grecs, le chêne est associé à Zeus, dieu de la foudre. Le chêne était aussi le seul arbre à pouvoir accueillir autant des dryades que des hamadryades (les dryades peuvent quitter l'arbre avant sa mort, mais les hamadryades meurent en même temps que lui).
Pour les Germains, si le frêne est l'arbre d'Odhinn, le chène est celui de Donar-Thor, dieu du tonnerre, et équivalent de Zeus-Jupiter.
Les Lituaniens, peuple indo-européens, associent le chêne à Perkunas, lui aussi dieu du tonnerre et dont le nom dérive directement du terme indo-européen pour chêne.
Les
Estoniens, qui eux sont un peuple Finno-Ougrien, l'associent à
Taara, nommé aussi « le Vieux Père »,
« Père du Ciel », et qui est... dieu du
tonnerre et divinité suprême.
Avec tout ça, on peut sans crainte affirmer que le chêne et le tonnerre sont intrinsèquement liés, et que le chêne est le représentant végétal du dieu suprême.
Thor et Perkun
De façon linguistique, il semble que le chêne et le tonnerre soient intimement liés aussi, si l'on remonte à l'indo-européen (je précise tout de même que je ne suis pas linguiste, et que je ne peux pas valider ce que je lis. Ce qui suit est à prendre avec des pincettes, donc).
Thor signifie « tonnerre », du vieux norrois « Þórr ».
Quant à Perkun(as), j'ai tissé un peu pour le plaisir, notamment grâce à un fuseau très riche de l'arbre celtique, Erc – étymologie dont on peut en retirer ça :
Il y aurait un vieux théonyme pan-indo-européen dérivé de la racine *per-k-: "frappeur", "tonnerre", racine qui a donné son nom au chêne dans diverses langues européennes (dont le latin quercus), ce qui donne par un tour de passe-passe un -erk, et on retombe sur -eik de Eikinskaldi.
Dans
un autre fuseau du même site, j'ai un son de cloche un peu
différent
(http://forum.arbre-celtique
[...] Le seul grand dieu connu de tout les Baltes, Perkunas, dieu des cieux, de la foudre notamment, puis, par la suite, de la guerre, qui ne peut être que l'avatar balte du grand dieu suprême indo-européen.
Son nom est étymologiquement identique au sanskrit Paryanyah, vieux-norrois Fjörgyn(n), slave Perun ou Perkun, grec Phorkys, qui tous convoient l'idée de " propice, favorable à la vie"; si l'on pousse ce type d'analyse au maximum, on en vient à établir une relation du même genre avec le latin quercus : le chêne.
Perkunas serait donc l'anthropomorphisation de l'arbre qui, par excellence, incarnait la vie profuse et féconde et jouissait, à ce titre , d'un culte fondamental.
Telle paraît donc être l'idée que les Baltes se faisaient de la divinité suprême ! Auprès de Perkunas, les quelques autres divinités individualisées dont nous avons les noms peuvent passer pour de simples spécialisations du même ordre d'idées : ainsi de Zempat, maître de la terre chez les Pruthènes et dont le nom dénote peut être d'une influence slave, de Laukosargas, gardien des champs et protecteur du blé auquel il faut probablement identifier le Kurke cité dans une source de XIIIe siècle et qui recevait traditionellement la dernière gerbe fauchée ( coutume également familière aux anciens Scandinaves), identiques l'un et l'autre, éventuellement au lituanien Nonadeï.
Il est frappant tout de même de constater qu'en aucun cas nous ne sortons d'un complexe mental foncièrement agraire. En quoi s'imposerait l'idée, déjà avancée, de " blocage" à un stade certainement fort reculé de la préhistoire".
Extrait d'un texte de Régis BOYER, professeur à l'université de Paris VI ( Germains et nordiques - Slaves ).
Du
Perkunas « maître
du chêne », on passe à un perkunas
« favorable à la vie »...
Le chêne, arbre robuste
Le
combat des arbrisseaux
(http://www.arbre-celtique.com
Les valeurs associées sont la rapidité, la vaillance, et une valeur de soutien :
Derw buanawr.
Racdaw crynei nef
allawr.
Glelyn glew drussiawr
Y enw ym peullawr.
Le chêne est rapide :
devant
lui tremblent le ciel et la terre.
C'est un vaillant portier
devant l'ennemi.
Son nom est un soutien.
[...]
An deilas blaen bedw.
An dathrith
datedw.
An maglas blaen derw.
O warchan maelderw.
Le bouleau nous a couverts de
feuilles :
il nous désenchante et nous change.
Le
sommet du chêne nous a ensorcelés
par l'incantation
de Maelderw
riant le long du rocher.
La dernière strophe, je la cite juste pour la citer... Taliesin avait dû manger des amanites avant d'écrire ce texte, il est incompréhensible ! :)
En tout cas, on rejoint des qualités intrinsèquement guerrière : le chêne est un arbre robuste, sur lequel on peut s'appuyer. Justement, le chêne le plus connu / répandu est le Quercus Robur, ou chêne pédonculé, dont la traduction littérale signifie "Chêne robuste/fort" (bizarrement, robur a donné "rouvre", le nom d'un autre chêne dit aussi chêne sessile, mais dont le nom latin est quercus petraea... le chêne qui pousse sur la pierre).
18 juin 2007
[Croquis] Le saule du cimetière
Le titre n'est pas très joyeux, mais puisque c'est là que pousse le saule, je ne pouvais guère faire autrement... Il s'agit d'un croquis que j'ai réalisé jeudi dernier, lors de mon dernier cours de dessin. De ce cours, j'ai retiré deux enseignements :
1. avoir enfin compris comment reporter les mesures sur le papier par rapport à la ligne d'horizon
2. ne jamais se mettre en jupon pour faire des croquis d'extérieur par jour de vent... N'avoir que les feuilles du bloc de dessin à retenir est amplement suffisant.
Je pensais avoir le temps de le reprendre -- le croquis :) -- ce week-end passé, mais finalement non... En attendant, voici la version originale :
Réalisé à la mine graphite (dite aussi "mine de plomb") sur bloc d'esquisse. Il me reste à retravailler quelques valeurs, notamment pour les branches du saule...
11 mai 2007
[Encre] Tryptique aux chats
Voici un "tryptique" que j'ai dessiné pour une carte d'anniversaire (coucou Fanny et Philippe :)), et comme ça rendait très bien, j'en ai aussi fait un pour moi -- sauf qu'évidemment l'encre a bavé, ce que j'ai fais disparaître par la magie de l'ordinateur, mais du coup il me faudra une troisième tentative sur papier :).
Le modèle original était Vega-la-Belle, stylisée pour n'en conserver que les courbes essentielles, à partir des croquis que j'avais tenté de faire -- allez croquer un chat qui bouge tout le temps !
07 mars 2007
[Etude] Le bouleau - 5
En vrac et sans organisation dans un plan quelconque : je viens de trouver ça et n'ai pas le temps de m'y pencher plus aujourd'hui... (même pas eu le temps d'y lire jusqu'au bout) :(
http://www.erm.ee/index.php?node=141
Il s'agit d'une description de cérémonie sacrificielle d'un peuple de l'Oural encore (les Nenet).
Association Renne blanc / bouleau / Dieu(x) blanc(s) / Soleil (la tête des rennes sacrifiés doit être tournée "to the Sun") / Monde d'en haut
(contre Renne noir / cèdre / Dieu noir / Aube ( la tête des rennes sacrifiés doit être tournée "to the dawn").
Je file !
04 mars 2007
[Etude] Le bouleau - 4
Arbre guérisseur
Les feuilles et la sève du bouleau ont des propriétés médicinales reconnues.
D'après mon « Guide des plantes médicinales » des éditions Delachaux et Niestlé,
« Les feuilles sont diurétiques et soulagent le coeur. Les bourgeons ont une action cholérétique. Le bouleau est utilisé sous diverses forme (infusion, huile, extrait) lors d'affections des voies urinaires. En herboristerie on l'emploie pour combattre certaines affections cutanées et capillaires. Le parfum « Cuir de Russie » est préparé à partir d'un goudron de bouleau servant au traitement des cuirs. »
Opération décodage : diurétique signifie «Qui favorise ou stimule l'excrétion urinaire. » (comme la chose est joliement dite !), cholérétique « Se dit des substances facilitant la sécrétion de bile (liquide participant à la digestion des graisses). » (quelle poésie).
Tonifiant pour les cheveux, il soigne aussi certaines maladies de peaux, telles l'eczéma (je n'ai pas essayé)...
Bon, tout cela n'est pas ce qui m'interesse le plus (plus d'information là : http://www.univers-nature.com/dossiers/bouleau.html ou là : http://www.passeportsante.net/fr/Solutions/HerbierMedicinal/Plante.aspx?doc=bouleau_hm, passons à l'aspect mythique et/ou symbolique.
Un peuple de l'Oural, les Komis, a une vision très intéressante du bouleau. Je me fonde sur l'article « Trees in Komi (Zyrian) Rituals and Beliefs » de Alexander Chuvyurov (paru dans « Pro Ethnologia 18 - Culture and Environments », une revue estonienne qui fort heureusement pour moi, rédige ses articles en anglais...)
(http://www.erm.ee/pdf/pro18/chuvyurov.pdf ).
Ce peuple, avant d'être christianisé, vénérait principalement le bouleau, l'épicéa, le frêne et le merisier ― « bird cherry tree », du moins... je pense qu'il s'agit du cerisier sauvage, le merisier.
Ce qu'il y a de particulièrement interessant à mon sens, c'est l'opposition que ce peuple fait entre les épicéa / pin d'une part, et le bouleau d'autre part :
« In traditional culture, the researchers (N. Konakov, V. Sharapov) elicit a number of opposing pairs: pine-birch, birch-spruce, as well as their correlation, mainly the triad spruce-pine-birch, with the Upper, Middle and Underworld in Komi mythology. The aforementioned regularity is fixed in the beliefs and rituals related to these trees, and it also visually manifests itself in the symbolism of fine arts, in the stylised tree motif in the wooden household commodities of the Komi people: with branches directing upwards, towards the Sun (birch); with branches perpendicular to the trunk (pine); with branches directing downwards, towards the ground (spruce) (Sharapov 1993: 135). »
Le bouleau est représenté branches tendues vers le soleil, ce qui n'est pas pour me déplaire :) Car s'élancer vers la lumière, c'est atteindre les cieux, quelque part... au contraire de l'épicéa qui se retourne vers le sol ― que j'interprèterai volontiers comme un repli sur soi, mais qui peut, bien entendu, être vu comme une attitude protectrice :) En matière de rêverie arbesque, chacun est maître de ses interprétations :)
« It is the very property of trees to absorb human sins and diseases that accounts for the custom of confessing and healing near trees that existed among the Komi-Zyrians. In Upper-Vychegda, sick people used to go to spruces for recovering, and in the case of different spiritual traumas (death of a relative, some kind of personal experiences, etc.) they went to confess at a birch tree (Appendix No. 13). The procedure of healing and confessing consisted in the following ritual: a person approached the tree, encircled its trunk with his arms, and turned to the tree with a request to take upon itself and remove the illness from him. At the same time, some informants emphasise that the opposition spruce-birch was determined not by the type of illness, but by the male/female feature (men spruce and pine, women birch) (Appendix No. 13). In the Udor region, (hamlet of Koptyuga) the confession to the tree (birch) was made in the following way: the confessor put his arms round the tree, uttered an incantation, then let go of the tree and shook his hands, by doing so throwing off his bitter grief and sins. »
[Appendix No.13] :
It is said that the birch is a good tree. If you are grieving, you can tell the birch all about it. You tell her what is on your mind. This is not done in public but in private, so that nobody would see. Confessions are made secretly. It is said that if you confess to a birch, it is the same as if you confessed to a priest, you are forgiven your sins. But to the spruce you have to go, when you are ill, to cure yourself to get rid of your illness, in order for the spruce to take your illness off you. You address the birch the same way as you address a person: Birch, birch, take my sins, everything that is bad in me. Purge me from sin. This is the way we say. But if you are ill, you turn to the spruce, only usually I do not do it myself. But to the birch I sometimes turn when you go to the woods, to gather mushrooms. If you are grieving, you pray and say what weighs heavily upon your mind. I cross myself, and read the Lords Prayer three times, and then stand and weep and tell the birch everything that is on my mind. I hug the birch and tell her my grief. Well, when my son Grisha died, he was one and a half years old. I used to weep a lot then. Went to birches and wept there.
Ce témoignage va légèrement en contradiction avec ce qui a été dit plus haut, à savoir que le bouleau comme l'épicéa ont valeur de guérisseur, mais que les hommes s'adressent au pin / épicéa, alors que les femmes s'adressent au bouleau. Ici, la distinction est plutôt bouleau / maux de l'âme, épicéa / maux du corps ; néanmoins, le bouleau garde une valeur féminine, puisqu'il guérit l'âme.
03 mars 2007
[Etude] Le bouleau - 3
Le bouleau comme arbre grand
La thématique du bouleau comme arbre grand revient régulièrement, que ce soit en pays celtiques ou scandinaves.
Pourtant le bouleau n'est pas très grand, 25m tout au plus, alors que le chène peut atteindre jusqu'à 50 mètres, le hêtre 30 mètres, de même que l'épicéa... Mais sa sveltesse accuse sa taille, et c'est sans doute pour cela qu'on le considère ainsi, tant il est vrai que ce qui est mince et élancé paraît plus grand.
Dans le Cad Goddeu (Combat des arbrisseaux) (traduction Christian-J. Guyonvarc'h, in Textes Mythologiques Irlandais, éd. Celticum, Rennes, 1980), on en a une claire illustration (je ne cite que les extraits utiles à mon propos, le texte intégral peut être trouvé ici : http://www.arbre-celtique.com/encyclopedie/cad-goddeu-le-combat-des-arbrisseaux-1089.htm)
[...]
Le bouleau, malgré sa grande ambition,
fut équipé tardivement ;
ce n'est pas à cause de sa lâcheté
mais seulement à cause de sa grandeur.
[...]
Le bouleau nous a couverts de feuilles :
il nous désenchante et nous change.
[...]
On a ici deux aspects du bouleau : ambitieux (c'est un arbre pionnier, que l'on appelle aussi « Mère des arbres » chez les anglo-saxons, car il prépare le terrain pour les autres essences), il est qualifié de grand ; il a aussi un rôle de révélateur : « il nous désenchante et nous change » : il rend à leur véritable apparence les arbres enchantés. [Cela rejoint l'aspect du bouleau comme guérisseur, que nous verrons plus tard].
On retrouve aussi cette idée chez Tolkien, qui a créé deux termes pour désigner les arbres en sindarin : orn, et galadh. Je ne résisterai pas à reprendre le fil si bien tissé par Fangorn sur JRRVF, dans la section langues inventées du forum, qui a fait le boulot à ma place :) [fuseau « Fang-orn », (http://www.jrrvf.com/forum/noncgi/Forum8/HTML/000545.html)] (je souligne)
« Christopher Tolkien revient sur cette différence dans les CLI, en II, Appendice E, à propos du nom de Celeborn :
« A l’origine, ornē s’appliquait aux arbres élancés et tout d’un jet, tel le bouleau, alors que les arbres plus massifs et de plus grande envergure, tels le chêne ou le hêtre, étaient dits dans l’ancienne langue galadā, « belle croissance » [great growth], mais cette distinction n’était pas toujours respectée en quenya, et elle devait s’estomper complètement en sindarin, où l’on en vint à appeler tous les arbres, quels qu’ils fussent, galadh, et où le mot orn tomba en désuétude, survivant seulement dans la poésie ou les chants, et dans de nombreux noms propres tant de personnes que d’arbres » (Pocket, vol. 2, p. 153 ; je modifie légèrement la traduction de T. Jolas).
La solution serait alors que Tolkien concevait orne comme désignant une arbre élancé ou isolé lorsqu'il rédigea les Etymologies (c. 35-38), sens qu'il conserva lorsqu'il créa le nom de Fangorn. A noter que dans les Etymologies, alda est simplement glosé "arbre", ce qui tendrait à laisser penser que orne était réservé aux arbres de haute taille (cf. la racine ORO "vers le haut, s'élever, haut" qui donna les noms pour "montagne" en quenya et sindarin).
1) « orne/orn » qui découle de √OR(O)-/RŌ- (Home V, 379, 384 ; Letters, n° 347, p. 426, n. 2), qui signifie « rise up, go high »
2) « alda/galadh » qui provient de √GAL(A)- (Home V, 357 ; Letters, n° 347, p. 426, n. 2), signifiant « thrive, grow ».
Ainsi, en sindarin, « orn » est tombé en désuétude, et « galadh » désigne n’importe quel arbre. Mais si le quenya peut être considéré comme le « latin des Elfes », on pourrait quand même envisager une classification botanique reposant sur la distinction entre orne et alda.
Ce qui m’intéresse, c’est la nuance de sens entre ces deux racines. Les deux ont en commun l’idée de grandeur et de mouvement vers le haut.
Mais Tolkien y introduit une distinction fine quant à la représentation de ce mouvement :
1) « to rise up, to go high » (s’élever, aller vers le haut) insiste sur la direction du mouvement ascensionnel : on a affaire à une flèche (un vecteur) qui pointe immédiatement son but. Le mouvement est un trait vertical.
On comprend alors pourquoi le bouleau ou le sapin en sont les modèles : ces arbres sont élancés, c’est-à-dire qu’ils pointent vers le haut. Regarder un pin, c’est déjà regarder le ciel (j’y reviendrai dans le commentaire sur les pinèdes de Dorthonion chantées par Fangorn ;-))
L’origine commune (√ORO-) que tu indiques entre la montagne (√ÓROT-) et l’arbre élancé (√ÓR-NI-) confirme ce point : la montagne s’entend comme hauteur, comme sommet, c’est-à-dire comme élévation vers le ciel (là encore, que les pins chantés par Fangorn soient ceux des hautes terres de Dorthonion n’est pas qu’une question de climat, mais de redoublement conceptuel).
Pour anticiper un peu sur mes occupations du moment, l’orne/orn est un arbre de l’air, une « image verticalisante », « une réserve d’envolée », pour le dire comme Bachelard (in L’air et les songes, ch. X, aux § 2 (p. 263) et 5 (p. 274)).
2) En revanche, « to thrive, to grow » (s’épanouir, croître) n’est plus simplement un mouvement d’élévation mais surtout d’expansion. Le mouvement rayonne à partir du cœur de l’être. Le dynamisme vertical s’est enrichi d’une croissance biologique, qui embrasse les autres dimensions.
L’arbre de forme « alda/galadh » s’étend aussi bien en hauteur, en largeur que dans la profondeur de ses racines. Il est animé d’une vie propre, qui se répand jusque dans ses moindres extrémités, des ramilles aux racines.
Les exemples correspondent à merveille : le chêne et le hêtre fournissent dans leur ampleur majestueuse l’image de l’épanouissement du relief.
[...]
Bref, l’arbre aérien est un orne/orn, tandis que l’arbre de vie est un alda/galadh. Sans mauvais jeu de mots, c’est la racine linguistique qui fait l’arbre, le mot qui livre l’image.
(L'extrait est long, mais trop beau pour être coupé :))
[Notons aussi que les mellyrn, pour rester chez Tolkien, sont assimilés aux bouleaux :
« Et seulement au Nísimaldar se plaisait le puissant Malinornë, qui au bout de cinq siècles atteignit une hauteur à peine moindre que celle qu'il avait en Erressëa même. Son écorce était lisse et argentée et ses rameaux se relevaient légèrement vers le ciel comme ceux du bouleau ; mais il n'avait jamais qu'un seul et unique tronc. Ses feuilles ressemblaient aussi à celle du bouleau, mais plus large, et elle étaient vert pâle à l'avers et toutes d'argent à l'envers et chatoyante au soleil ; et elles ne tombaient pas à l'automne mais comme l'or se ternissaient. »
(Contes et Légendes Inachevés, Le Second Age, « Une description de l'île de Númenor »).]
Pour résumer à gros traits, si le bouleau est considéré comme un grand arbre ― en dépit du fait que d'autres sont bien plus grands que lui ― c'est parce que son élan suffit à guider le regard vers le haut, sans le perdre dans un « fouillu feuillage » de ramée. Rien d'incisif dans cet élan, tout est courbe douce et ferme, et l'esprit incliné à la rêverie paresseuse s'illumine de la lumière douce du feuillage... L'arbre est lumineux par son écorce autant que par son feuillage.
Cette rêverie douce et féminine ― contrepoid parfait à l'aspect masculin des épineaux, orn eux aussi ― nous mènerait tout naturellement vers le bouleau – arbre féminin, s'il ne prenait pas la fantaisie à votre servante de s'égarer un peu, auparavant, sur la piste du bouleau comme arbre guérisseur...
25 février 2007
[Etude] Le bouleau - 2
Symbolique
Arbre cosmique
Pour ce qui est de la symbolique, les livres de Jacques Brosse sont utiles :
dans sa Mythologie des arbres (ch2, « L'échelle mystique »), on lit que l'arbre cosmique en Asie du Nord est traditionnellement un sapin, mais que pour les chamans sibériens, c'est un bouleau qui remplit ce rôle. Pour les Bouriates, les bouleaux abritent l'âme des ancêtres, et lors de la cérémonie d'initiation du chaman, 9 bouleaux sont coupés. Le plus grand est fiché en terre dans la yourte, et est nommé « Gardien de la porte », car c'est lui qui ouvre au chaman l'entrée du ciel. Le bouleau est fortement associé au chiffre 9 ― toujours chez les Bouriates ― puisque 9 bouleaux sont coupés, et le chaman intronisé doit faire 9 entailles au sommet de chaque bouleau.
Le bouleau est donc l'échelle pour grimper au ciel. Je cite ensuite le dernier paragraphe de cette partie, et souligne la fin parce que je la trouve juste et jolie :)
« Pourquoi le bouleau joue-t-il un tel rôle, plutôt que le sapin, par exemple, souvent considéré par les peuples du Nord de l'Asie comme l'Arbre cosmique ? Il est en effet loin d'avoir sa haute taille, Betula verrucosa Ehrh. ne dépasse pas 25 mètres, Betula pubescens est un peu plus petit, 15-20 mètres. Si leur croissance est rapide, ils ne vivent pas plus d'une centaine d'années, alors que le sapin peut atteuindre au moins 700 ans. Seulement, outre sa légèreté, son élégance, la beauté de son écorce d'un blanc argenté, de plus en plus pur vers la cime, le bouleau possède des qualités que lui reconnaissent toutes les traditions. C'est essentiellement un arbre de lumière. »
Arbre de lumière
Jacques Brosse, Mythologie des arbres ; ch.2, "L'échelle mystique", Sainte Brigitte et la Chandeleur :
« Aussi bien, dans l'"Alphabet des arbres", le calendrier sacré des Celtes, est-ce le bouleau qui préside au premier mois de l'année solaire (du 24 décembre au 21 janvier). Le bouleau est donc en rapport avec la renaissance du soleil. Bien que généralement consacré à la lune, sa peau délicate évoquant l'éclat argenté de la pleine lune, il l'est parfois au soleil et à la lune, mais, dans ce cas, il est double, mâle et femelle. Lors de la fête qui célèbre la remontée de la lumière, notre Chandeleur, le bouleau est particulièrement à l'honneur, en la personne de sainte Brigitte, dont le nom, Birgit, vient de la racine indo-européenne Bhirg, le bouleau, qui a donné birch en anglais et die Birke en allemand. Sainte Brigitte de Kildare, née dans la seconde moitié du Ve siècle, donnée par ses hagiographe comme la fille d'un chef de clan païen devenue l'une des patronnes de l'Irlande, était à l'origine une ancienne divinité celtique de la renaissance du feu et de la végétation, la propre fille de Dagda, le dieu suprême vénéré par les druides irlandais. [...] En Angleterre, on entretenait un feu perpétuel dans le temple d'une déess que les Romains identifiaient à Minerve, mais qui était en fait Birgit, à la fois guérisseuse et patronne des bardes -- lesquels peuvent être, à certains égards, comparés aux chamans -- et des forgerons. [...]
La sainte Brigitte ouvrait le mois de février qui, de toute antiquité, était celui des purifications. En latin, februare signifie "purifier, faire des expiations religieuses".[...]
Dans la mythologie germanique, le bouleau était l'arbre de Donar-Thor, dieu de la foudre et de la guerre, considéré comme la divinité suprême, plus puissante qu'Odin lui-même, dans les pays du nord, particulièrement en Norvège. On sait que dans le folklore russe, le bouleau joue un rôle important. Chez les Germano-Scandinaves ou les populations altaïques, comme chez les Celtes ou les Slaves du Nord, les croyances concernant ses propriétés sont à peu près identiques. Selon les proverbes russes recuillis par Dal, le bouleau fait bien quatre choses : il donne la lumière au monde, il étouffe les cris, il guérit les maladies, enfin il nettoie, ce qui correspond à ses quatre principales utilisations : de ses branches, on fait des torches, car elles donnent de grandes flammes claires, aisin que des balais et les verges dont on se fustige le corps dans les saunas scandinaves comme dans les bains de vapeur russes. Du bois de bouleau, on tire le goudron qui empêche les roues des chariots de grincer. Enfin, sa sève, le "sang de bouleau", est très utilisée dans la thérapeutique populaire et aujourd'hui en phytothérapie ».
24 février 2007
[Etude] Le bouleau - 1
Puisque le bouleau a décidé de me poursuivre ― non point que ce soit désagréable, notez, mais enfin, c'est intrigant, et la curiosité étant un aussi joli défaut que la gourmandise, je n'allais pas me priver ― voici donc quelque chose comme quelques pistes de réflexion, que je poursuivrais ou non selon le temps dont je dispose...
Etymologie(s)
D'après le TLF (http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=2005425570;), le mot « bouleau » viendrait « de l'a. fr. boul, bououl « id. » (1215, Arch. K 28, pièce 3 dans GDF.) utilisé encore dans quelques dial. (FEW t. 1, p. 346a); suff. -eau* (cf. NYROP t. 3, § 197, 2o), peut-être pour éviter une confusion avec boule* (REW3); l'a. fr. est issu d'un lat. vulg. *betullus pour le class. betulla « id. » d'orig. gaul. (voir IEW, p. 480 et ERN.-MEILLET) ».
Jacques Brosse, dans son Dictionnaire des arbres de France, nous indique que le latin bettula viendrait lui même de la « langue celtique » (concept vague : laquelle, de langue celtique ?) beith, issu lui-même d'une racine Indo-européenne bhirg.
Le problème est la profusion de racines indo-européennes et de sens différents... l'autre problème est que je ne suis pas douée en indo-européen, et incapable de juger de la valeur de l'une ou l'autre étymologie...
Première étymologie :
(http://www.indo-european.nl/cgi-bin/query.cgi?basename=\data\ie\celtic&root=leiden), on trouve ceci :
Proto-Celtic: *betu- '0000">birch' [Noun]
Old Irish: beithe [io m]
Middle Welsh: bedw-en [Singulative]
Middle Breton: bezu, bezv-en [Singulative]
Cornish: bedewen gl. populus (OCo.)
Proto-Indo-European: *gwetu- 'pitch'
Page in Pokorny: 480
IE cognates: Skt. ja´tu, OHG cuti, OE cwidu
Notes: The formations within Celtic do not agree. The u-stem in Brit. appears to be more archaic. Perhaps OIr. beithe can be from a derivative *betwiyo- if the development of *-tw- in Goidelic is not parallel to the development of *-dw- > OIr. db (cp. Medb < *medwƒ), but *kwetwores > cethir.
References: LEIA B-28, GPC I: 266, EIEC 65, Campanile 1974: 13
l'idée de bouleau serait donc associée à celle du jet, de l'élan (pitch)
Deuxième étymologie:
dans le « American Heritage® Dictionary of the English Language, Fourth Edition » (http://www.bartleby.com/61/roots/IE57.html) :
ENTRY:bher
g-
DEFINITION:To shine; bright, white. Oldest form *bher-, becoming *bher
g- in centum languages. 1. bright, from Old English beorht, bright, from Germanic *berhtaz, bright. 2. “The white tree,” the birch (also the ash). a. birch, birk, from Old English birc(e), birch, from Germanic *birkj
n-; b. probably suffixed zero-grade form *bhrag-s-. fraxinella, from Latin fraxinus, ash tree. (Pokorny bher
- 139.)
Et ici, c'est donc l'aspect blanc et brillant de l'écorce du bouleau qui est mise en avant...
Cela ne s'arrête pas là :
Troisième étymologie :
http://en.wikipedia.org/wiki/Beith_(letter)
Beith is the Irish name of the first letter of the Ogham alphabet, ᚁ, meaning "birch". In Old Irish, the letter name was Beithe, which is related to Welsh bedw(en), Breton bezv(enn), and Latin betula. Its Proto-Indo-European root was *gʷet- 'resin, gum'. Its phonetic value is [b].
Cette fois, c'est la résine du bouleau qui lui aurait donné son nom...
Nous voilà bien avancés avec ceci... laquelle des trois est la "meilleure", je ne saurais dire...
Anecdote récupérée sur le "projet Babel", relative aux noms des mois en langues slaves (http://projetbabel.org/slave/mois.htm), le mois de mars est dit "mois du bouleau" en tchèque et en russe (březen pour le tchèque, березень [berezen ??] en russe (bouleau : russe bereza, tchèque bříza), puisqu'il semble que sous ces latitudes, le bouleau fleurisse en mars...
La symbolique est une partie interessante à explorer, mais je n'ai encore rien de mis en forme pour l'instant... ça viendra :)



